Global Justice Report : comment la sobriété peut contribuer à une vie meilleure pour toutes et tous
- Elodie Auer

- il y a 1 jour
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Comment permettre à l'ensemble de la population mondiale de vivre dignement sans dépasser les limites planétaires? Cette question est au cœur des débats sur la durabilité. Car si la lutte contre la pauvreté et l'amélioration des conditions de vie restent des priorités, elles doivent désormais aller de pair avec une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre, de la consommation de ressources et de la dégradation des écosystèmes.

Le Rapport sur la Justice mondiale (Global Justice Report), publié récemment, tente d'aborder ces défis de manière conjointe. Plutôt que de discuter séparément de la protection du climat, de la justice sociale et du développement économique, il examine si et dans quelles conditions ces objectifs peuvent être conciliés.
La conclusion des auteur·rice·s est claire : il est possible d'offrir une vie de qualité à toutes et tous dans le respect des limites planétaires. Le principal obstacle n'est pas technique, mais politique et sociétal. Il réside dans notre capacité à construire des majorités politiques et des alliances suffisamment fortes pour engager cette transformation.
Selon le rapport, trois changements profonds sont indispensables : sortir rapidement du charbon, du pétrole et du gaz, réduire fortement les inégalités de revenus, de patrimoine et de pouvoir, ainsi qu'engager une transition vers une société de la sobriété.
La sobriété comme élément central du changement
Alors que le débat public se concentre souvent sur les panneaux solaires, les voitures électriques, l'hydrogène ou d'autres innovations technologiques, le Global Justice Report remet au premier plan un concept encore peu présent en dehors du monde académique: la suffisance.
Selon le rapport, la sobriété désigne une transformation structurelle de notre économie et de notre société. Elle passe notamment par une réduction du temps de travail, une baisse de la consommation de ressources, un renforcement de secteurs essentiels comme l'éducation, la santé ou le care, ainsi qu'une transformation de notre système alimentaire et de notre utilisation des sols.
Les auteur·es reposent ainsi également la question du rapport entre prospérité et croissance économique. L'idée centrale : la qualité de vie ne doit pas dépendre d'un PIB en croissance constante. Même dans les pays matériellement riches, la qualité de vie pourrait continuer à progresser, par exemple grâce à davantage de temps libre, de meilleurs services publics, une réduction des inégalités, une participation sociale et politique accrue, et l'évitement des dommages climatiques.
Quand la sobriété devient réalité
Le Global Justice Report présente une vision ambitieuse, accompagnée de propositions telles qu'un Fonds mondial pour la Justice (Global Justice Fund), une fiscalité internationale sur les très hauts revenus et patrimoines ou encore une meilleure redistribution des ressources et des opportunités.
Des exemples concrets portés par le One Planet Lab
Les projets pilotes du One Planet Lab montrent que plusieurs de ces idées sont déjà expérimentées en Suisse, à plus petite échelle.
Repenser la prospérité
Des projets comme La Coopérative Freudenau ou Le Projet Kardendorf explorent de nouvelles façons de concevoir la prospérité et la qualité de vie sans augmenter la consommation de ressources. À travers leurs modèles d'habitat collectif, ils montrent qu'il est possible de concilier qualité de vie et protection du climat.
La communauté Quartier Zéro Net de Zurich poursuit un objectif similaire. Véritable laboratoire vivant, elle expérimente avec ses habitant·e·s un mode de vie compatible avec un budget carbone défini et fait de la suffisance une pratique collective.
L'association négaWatt contribue également à faire de la suffisance un véritable levier d'action politique et sociétale. En mettant en réseau différents acteurs, elle montre comment réduire la consommation d'énergie et de ressources sans diminuer la qualité de vie.
Transformer notre alimentation et notre utilisation des sols
La Caisse genevoise de l’alimentation (Calim) associe alimentation durable et inclusion sociale.
Taste the Future encourage une alimentation plus respectueuse du climat tout en réduisant le gaspillage alimentaire.
Protein Transition Switzerland œuvre pour une alimentation moins gourmande en ressources grâce à une transition des protéines.
Plan B(ex), Acker Schweiz et Le Franc Paysan renforcent quant à eux l'agriculture durable, l'éducation à l'alimentation et les filières locales.
L’Observatoire des Systèmes Alimentaires à Genève (OBSA), contribue également à cette transformation en produisant des connaissances et des analyses pour mieux comprendre et orienter les politiques alimentaires vers plus de durabilité.
Réduire la consommation de ressources grâce à l'économie circulaire
Au REverre développe des systèmes de réemploi pour remplacer les emballages à usage unique et démontre le potentiel de la réutilisation pour économiser les ressources.
La coalition Longue vie à nos objets encourage la réparabilité et l'allongement de la durée de vie des produits, en remettant en question un modèle fondé sur le renouvellement permanent des biens de consommation.
Créer de nouveaux récits pour imaginer l'avenir
Des projets comme $HARE, Second degré, Rethink & React, Monda Futura ou le Hub des Possibles développent de nouveaux récits, de nouvelles représentations et de nouveaux imaginaires pour une société durable. Ils ouvrent des espaces où il devient possible d'imaginer un futur désirable et de rendre le changement de société plus concret.
Pour aller plus loin
Pour celles et ceux qui souhaitent approfondir les débats autour de la croissance verte, de la décroissance et de la suffisance, découvrez une analyse particulièrement intéressante du Global Justice Report par Timothée Parrique.





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