Série "Rethink now" : Economie résiliente

La résilience - un concept à la mode sous la loupe

Depuis quelques années, le terme "résilience" a gagné en importance. La pandémie du coronavirus lui a donné un élan supplémentaire.

« Notre économie doit devenir plus résiliente face à d'éventuelles crises » telle est l'exigence souvent entendue, qu'il s'agisse du coronavirus, de la crise climatique ou de la crise financière de 2008.


Que signifie la résilience ?

Une économie résiliente est-elle automatiquement respectueuse de l'environnement ?


La résilience désigne la capacité d'un système à continuer de fonctionner suite à une panne, un choc ou une crise même si certains de ses éléments sont défaillants. La notion de résilience existe dans les disciplines scientifiques les plus diverses. Elle doit être interprétée différemment selon son usage. Que ce soit dans les sciences techniques, en écologie, en sociologie, en psychologie ou depuis quelque temps, en économie.


Les systèmes techniques deviennent résilients en intégrant des réserves de capacité (la capacité de charge d'un pont supérieure à la charge utile autorisée) ou des redondances (deux câbles porteurs pour un téléphérique).

La résilience écologique résulte de l'incroyable diversité des interactions entre les êtres vivants et les réserves de capacité parfois gaspillées. Un érable distribue des milliers de graines qui ne donneront peut-être au final qu'un seul nouvel arbre. Le frai des grenouilles donne naissance à des centaines de têtards dont seuls quelques-uns deviendront des grenouilles. La biodiversité est quasiment garante de la résilience de l'écosystème.

Dans le cas des systèmes sociaux et économiques, la résilience ne signifie pas nécessairement que le système doit fonctionner de la même manière après la crise qu'avant. Il peut s'adapter aux nouvelles conditions, modifiées par la crise, et continuer à atteindre ses objectifs différemment qu'avant. C’est possible parce que nous, les êtres humains, sommes capables de faire évoluer activement ces systèmes.


L'important est de connaître les objectifs que nous voulons atteindre avec ce système.

Quels sont par exemple les objectifs de l'économie d'un pays ?

S'agit-il de croître en permanence ?

D'atteindre le plein emploi, de garantir l'approvisionnement en biens vitaux et de maintenir l'inflation à un faible niveau ?

De protéger l'environnement et les bases de la vie ?

C'est à la politique de fixer ces objectifs. Selon l'objectif défini, d'autres mesures sont nécessaires pour assurer la résilience du système.


Une économie résiliente n'est donc pas automatiquement une économie écologique. Le contraire peut se produire, c'est ce que montrent les chaînes d'approvisionnement interrompues pendant la crise du coronavirus. Quelles seront les futures réactions possibles ?


Réaction 1 : les entreprises envisagent de se procurer à nouveau davantage de matières premières et de produits intermédiaires à proximité, afin de rendre leurs chaînes d'approvisionnement à nouveau plus résilientes. Ça présente des avantages écologiques, car les distances de transport diminuent. Une situation gagnant-gagnant.


Réaction 2 : les entreprises augmentent préventivement les stocks (comme les médicaments) ou les redondances (itinéraires de transport supplémentaires, capacités de production ou de stockage supplémentaires). Ça peut avoir un impact négatif sur le plan écologique, surtout si les capacités et les stocks ne sont jamais utilisés.

Il est certain que notre consommation excessive et toujours croissante des ressources et la destruction des écosystèmes affectent de plus en plus la capacité de résilience de notre économie.

Si nous exploitons nos ressources jusqu'à leur limite, la vulnérabilité aux crises augmente, car nous manquons de marges et d'alternatives.

C'est là qu'intervient le concept des limites planétaires : nous ne devons pas consommer à long terme plus de ressources que notre planète n'en met à disposition.

Les solutions qui nous amènent dans la bonne direction sont l'économie circulaire, la consommation respectueuse des ressources ou les comportements visant la sobriété - précisément les approches que le One Planet Lab promeut et soutient.


En principe, plus il existe de dépendances unilatérales dans un système, plus sa résilience est faible et plus il est menacé.

Outre les ressources limitées, l'obligation de croissance en fait également partie. De nombreux éléments porteurs de notre société ne fonctionnent aujourd'hui que parce que l'économie est constamment en croissance : le système de santé, la prévoyance vieillesse ou l'entretien des infrastructures … Si l'économie stagne en période de crise, ces acquis sont rapidement menacés. Là aussi, il existe des solutions : nous devons les restructurer afin qu'ils dépendent moins fortement de la croissance. Nous expliquerons comment faire dans un prochain article de blog.


Ma conclusion sur le mot à la mode "résilience" :

Premièrement, résilient ne signifie pas nécessairement respectueux de l'environnement. Deuxièmement, une économie résiliente dépend du respect des limites planétaires et de la réduction de la dépendance à la croissance.


Dans notre prochain article de blog « Rethink-Now », nous nous pencherons sur la question de savoir si la pression constante de la croissance subie par les entreprises est utile ou nuisible pour ces entreprises et la société ?


Référence bibliographique sur la définition de la résilience https://www.wirtschaftsdienst.eu/inhalt/jahr/2017/heft/9/beitrag/oekonomische-resilienz-schluesselbegriff-fuer-ein-neues-wirtschaftspolitisches-leitbild.html



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