Fabrication du doute : désinformation guerre informationnelle et économie de l’attention.
- Elodie Auer

- il y a 2 jours
- 4 min de lecture
Si les faits et les données scientifiques suffisaient, le monde brûlerait probablement moins vite. De fait, nous n’avons sans doute jamais eu autant d’informations sur les crises écologiques, économiques et sociales tout en ayant autant de difficulté à transformer nos sociétés à la hauteur des enjeux.
Pourquoi savons-nous autant de choses… tout en changeant si peu?
On le sait maintenant : l’information seule ne suffit pas… quand elle n’est pas directement remise en question. Et si l’un des plus grands défis de la transition était aussi notre capacité à lutter contre la désinformation, à dépasser nos propres biais cognitifs, à sortir du sentiment d’impuissance, à imaginer d’autres futurs possibles et à créer des récits capables de donner envie d’agir collectivement?
À travers une série de quatre articles, nous vous proposons une sélection de ressources pour explorer différents mécanismes qui influencent notre rapport aux transformations écologiques et pour tenter de répondre à quatre questions fondamentales :
Pourquoi le doute subsiste-t-il face aux faits et aux données?
Pourquoi savons-nous… mais agissons si peu?
Pourquoi avons-nous besoin d’imaginer de nouveaux récits?
Comment parler de durabilité autrement?
Dans cet article: la fabrication du doute
Dans ce premier article, nous nous intéressons donc à la première question et à un phénomène devenu central dans les débats autour des enjeux écologiques : la fabrication du doute. Greenwashing, stratégies d’influence, polarisation des réseaux sociaux, lobbying ou guerre informationnelle… À travers une sélection de livres, documentaires, podcasts et plateformes, nous vous proposons d’explorer quelques mécanismes qui contribuent aujourd’hui à brouiller notre rapport à l’information et aux enjeux écologiques.
Dans son «Global Risk Report 2023», le World Economic Forum alerte: la désinformation et la mésinformation figurent désormais parmi les principaux risques mondiaux, notamment parce qu’elles fragilisent directement les démocraties et la confiance collective.
Ces mécanismes vous semblent nouveaux? Ils ne le sont pas!
Quand la désinformation devient un outil de pouvoir
La Fabrique de l'ignorance nous montre comment certaines industries ont historiquement organisé la production du doute scientifique pour ralentir les régulations et protéger leurs intérêts. Le doute n’y apparaît pas comme un simple désaccord, mais comme une stratégie construite, financée et entretenue.
Dans la même lignée, le podcast La fabrique du mensonge. Au cœur du déni climatique décortique les stratégies utilisées depuis des décennies pour entretenir le doute, déplacer le débat, gagner du temps, semer la confusion et faire croire que “tout est plus complexe”. Mais, la désinformation ne se joue pas uniquement dans les stratégies industrielles. Elle s’est aussi installée au cœur même de nos démocraties.

Mais, la désinformation ne se joue pas uniquement dans les stratégies industrielles. Elle s’est aussi installée au cœur même de nos démocraties. Dans Logocratie. Comment les mots peuvent sauver la démocratie, Clément Viktorovitch explore la manière dont le langage structure le débat public et peut devenir un véritable outil de pouvoir. La logocratie y est décrite comme une manière de gouverner où le mensonge tient lieu de communication officielle, et où le pouvoir n’est plus réellement exercé par le peuple, mais par celles et ceux qui parviennent à s’emparer de la parole, des récits et de l’attention collective.
Et ces mécanismes ne fragilisent pas seulement le débat démocratique au sein des États. La désinformation joue aussi un rôle croissant dans les relations internationales et géopolitiques. L'épisode Désinformation : une guerre du XXIe siècle de la série «Le Dessous des cartes» nous montre comment États, groupes politiques ou intérêts économiques utilisent désormais les récits, les plateformes et les émotions comme des armes stratégiques.
Réseaux sociaux, polarisation et guerre de l’attention
Cette bataille de l'information ne se joue pas seulement dans les laboratoires, les conférences internationales, les cabinets de conseil, les parlements ou les hémicycles. Elle se joue aussi dans nos feeds Instagram, Facebook et TikTok, dans nos recommandations YouTube, bref dans les algorithmes de nos réseaux sociaux préférés.

Toxic Data propose une visualisation fascinante des dynamiques de polarisation et des bulles informationnelles en ligne. Une plongée vertigineuse dans les mécaniques des réseaux sociaux.
À travers une autre approche, plus immersive, une enquête vidéo du journal Ouest-France explore jusqu’où les algorithmes de TikTok peuvent enfermer les utilisateur·rices dans des tunnels informationnels toujours plus homogènes et extrêmes.
Pour mener l’expérience, les journalistes ont construit un bras robotique chargé de scroller TikTok pendant 100 heures. Une enquête sur des mécanismes capables d’amplifier, polariser et enfermer progressivement les utilisateur·rices dans certaines visions du monde.
À ce stade, une question se pose : que fait-on de tout ça?
Passer du constat à l’action
Les ressources précédentes permettent déjà de mieux comprendre ces mécanismes, de prendre du recul et d’affûter son regard critique. Mais, nous avions aussi envie de terminer avec deux ressources pensées davantage comme des outils concrets pour passer à l’action.

Nous vous recommandons Greenwashing. Manuel pour dépolluer le débat public. Le livre décortique les stratégies qui donnent une apparence durable à des pratiques qui ne le sont pas. Une ressource pensée comme un véritable guide pour apprendre à repérer certains mécanismes de greenwashing, décrypter les éléments de langage et développer des réflexes utiles face à des stratégies de communication de plus en plus sophistiquées.
Et pour finir, la plateforme Lobbywatch permet quant à elle d’explorer les liens entre politiques, lobbyistes, groupes industriels et organisations d’influence en Suisse. Parce qu’on peut se targuer d’avoir en Suisse l’une des démocraties les plus directes du monde, il n’empêche que les conflits d’intérêts et les réseaux d’influence sont bien présents, loin des regards de la population. Une plateforme qui permet de vérifier certaines connexions… avant de glisser un bulletin dans l’urne.
Et après?
Comprendre comment le doute se fabrique, circule et s’installe dans le débat public est déjà une étape importante. Mais la désinformation n’est qu’une pièce du monde d'après.
Dans les prochains articles, nous explorerons justement d’autres dimensions de ces transformations: nos biais cognitifs et nos résistances au changement, l’importance des imaginaires et des récits désirables, mais aussi les nouvelles manières de parler de durabilité pour ouvrir des conversations qui donnent réellement envie d’agir collectivement.










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